Rezension über:

Ted Kaizer / Margherita Facella (eds.): Kingdoms and Principalities in the Roman Near East (= Oriens et Occidens. Studien zu antiken Kulturkontakten und ihrem Nachleben; Bd. 19), Stuttgart: Franz Steiner Verlag 2010, 453 S., 20 s/w-Abb., 2 Kt., ISBN 978-3-515-09715-4, EUR 68,00
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Rezension von:
Christine Hoët - Van Cauwenberghe
UFR Langues et Cultures Antiques, Université Charles de Gaulle Lille 3, Lille
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Christine Hoët - Van Cauwenberghe: Rezension von: Ted Kaizer / Margherita Facella (eds.): Kingdoms and Principalities in the Roman Near East, Stuttgart: Franz Steiner Verlag 2010, in: sehepunkte 11 (2011), Nr. 10 [15.10.2011], URL: http://www.sehepunkte.de
/2011/10/19026.html


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Ted Kaizer / Margherita Facella (eds.): Kingdoms and Principalities in the Roman Near East

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Cet ouvrage nous offre un aperçu très stimulant des relations entre Rome et ses voisins immédiats des frontières proches-orientales. Il a été composé en partie d'articles issus de communications tenues lors du colloque intitulé "Client Kingdoms'in the Roman Near East" qui eut lieu au Corpus Christi College d'Oxford les 26 et 27 juin 2004 et de nouveaux articles qui complètent ce premier aperçu. L'ensemble a été intégré à la collection Oriens et Occidens, dont il constitue le dix-neuvième volume. L'introduction, rédigée par les éditeurs scientifiques, Ted Kaizer et Margherita Facella, présente les treize articles qu'ils ont classés en quatre parties. Ils ont pris pour fil directeur les relations entre Rome et les royaumes voisins de l'Orient en termes d'amicitia, de clientèle, de patronicium, de fides et de maiestas. Les traités découlant de ces liens ainsi créés font également partie de la réflexion d'ensemble. Ce volume est très riche en pistes de recherches et en exemples concrets dans ce cadre assez peu étudié et mal connu du Proche-Orient. On y découvre un patchwork d'états princiers dont les intérêts sont complexes surtout quand ils sont pris entre de grandes puissances comme les Romains et les Parthes. Les éditeurs se sont appuyés sur les travaux de Fergus Millar pour décrire ces états entrés dans la mouvance de Rome, en particulier dans le sens où ce dernier détermine deux niveaux d'exercice du pouvoir: le roi gouverne son peuple et Rome règne sur le roi. De ce fait, l'observation des pratiques courantes comme l'éducation à Rome des enfants otages de ces princes ou les recours à des soldats issus de ces royaumes pour venir renforcer l'armée romaine est aussi privilégiée. L'ingérence de Rome est alors envisagée de façon ponctuelle, surtout lors de troubles internes menaçant de rompre l'équilibre ainsi créé.

Olivier Hekster s'est attaché à montrer l'utilité pour Rome des royautés locales dans le but de maintenir l'ordre dans des zones difficiles à contrôler directement et fournir précisément des troupes à l'armée romaine en cas de nécessité. Richard Fowler a voulu, quant à lui, définir les rois de manière diachronique, mais en revenant finalement à des considérations synchroniques, en particulier dans les relations de Rome avec les Parthes. Dans ce sens, l'auteur examine le cas du roi Izartes, présente comme un dynaste subalterne, mais efficace. En outre, la loyauté dont il fait preuve ne va pas sans une affirmation de son autonomie. L'auteur montre bien ici la différence des conceptions entre les Parthes et les Romains: si ces derniers pratiquent des relations de verticalité entre l'autorité centrale et les rois clients, il n'en va pas de même pour les Parthes qui préfèrent en général développer des liens horizontaux, souvent renforcés par des alliances matrimoniales.

Andrea Raggi évoque le titre de socius et amicus populi Romani et les privilèges qu'en tiraient les bénéficiaires. Les rois et les dynastes étaient friands de ce titre qui leur apportait la sécurité. Bon nombre de ces alliés furent récompensés de la citoyenneté romaine par Pompée d'abord, puis par César, Antoine et Auguste; d'ailleurs, l'empereur devint de princeps protecteur et bienfaiteur de ces rois. Karsten Dahmen étudie pour sa part l'influence de Rome au travers des monnaies de ces états-clients. Il constate que le portrait de l'empereur n'apparaît que sur les pièces d'or et d'argent, aux légendes en grec et non en latin. Les images et emblèmes nationaux continuent de figurer sur les monnaies. En outre, les monnaies royales et romaines étaient interchangeables. On trouve les titres de philokaisar et de philoklaudios sur le monnayage d'Hérode et de ses successeurs au Ier siècle ap. J.-C. qui font état de relations personnelles. Ils sont d'ailleurs les seuls à employer des types entièrement romains. Ted Kaizer mène une étude sur les "rois et les dieux". Il met en évidence l'interaction, l'interpénétration des cultures. Ainsi, le royaume kushite de l'Inde du nord-est présente des monnaies d'or (vers 100 ap. J.-C.), où l'on peut lire sur l'avers "rois des rois" en iranien mais en caractères grecs et une référence au Bouddah sur le revers. L'auteur passe ensuite en revue les formes de syncrétisme que l'on peut observer dans le royaume de Commagène: Apollon / Mithra, Hélios / Hermès, Zeus / Oromasdès. En Characène, c'est Héraclès assis qui paraît sur les revers des monnaies de Zénobie. Si elles laissent entrevoir une imagerie gréco-romaine, il n'y a pas de preuve de l'association Hélios / Bel. Ensuite, dans le royaume nabatéen, l'influence hellénistique est perceptible à travers l'hommage rendu aux Dioscures, à Isis et à Tychè. Enfin, Hérode apparaît comme celui qui participa à la fois à la construction du second temple de Jérusalem et à l'essor du culte impérial, voulant s'attribuer les bonnes grâces de tous. Lhewelyn Morgan se concentre sur le cas de la Bithynie, pour lequel elle montre que le royaume eut beaucoup à souffrir de l'emprise de Rome. Riche par son bois, son marbre, ses activités portuaires et navales, elle fut transmise à Rome par son roi Nicomède IV. Si Rome entraîna la riche Bithynie dans la première guerre mithridatique, Catulle déplore qu'il ne fut plus ensuite qu'une provincia mala.

Ensuite, dans une troisième partie consacrée à des études de cas, Rolf Strootman revient sur une reine bien connue : Cléopâtre VII et son lien avec le triumvir Marc-Antoine. La question de la dévolution d'une partie des possessions romaines et au-delà, "de l'Hellespont à l'Inde", comprenant aussi la Mésopotamie contrôlée par les Parthes, lors de la cérémonie du don d'Alexandrie, est en fait à mettre dans la perspective de la notion d'imperium sine fine. L'idéologie royale hellénistique impliquait de mettre Cléopâtre et Césarion dans le rôle de suzerains d'un système d'états vassaux. Ensuite, Andrea Primo s'attache à retracer l'histoire des royaumes du Pont et du Bosphore, pris entre l'ambition de Mithridate Eupator et celle des Romains. Margherita Facella étudie le royaume de Commagène, état-tampon à la position géographique stratégique. L'amitié entre Pompée et Antiochos Ier, et le passage de la Commagène dans la sphère du pouvoir romain bénéficia au roi qui reçut Zeugma et accrut ses revenus grâce aux droits de passage. Elle termine par l'annexion en 72 ap. J.-C. du royaume de Commagène et dépeint l'administration directe qui est mise en place par les Romains pour renforcer la défense contre les agresseurs étrangers. Notons l'intégration du descendant du roi déchu qui n'est autre que C. Iulius Philopappos, devenu consul de Rome au début du IIe siècle ap. J.-C., dont le tombeau est visible depuis l'acropole d'Athènes sur la colline des Muses. Quant à Andreas Kopp, c'est la maison royale d'émèse au Ier siècle ap. J.-C. qu'il a examinée. Bien connu par sa pierre noire, Elagabale, que l'on y vénérait, ce royaume n'existait pas encore en 45 av. J.-C. La découverte à Horus, sur le site d'Émèse, d'un bracelet, d'un casque plaqué d'argent et d'un sceau sur un anneau d'or, nous permettent de nous familiariser avec cette maison peu connue par ailleurs. Sampsigeramus, devenu citoyen romain, se fit construire un mausolée sous forme de nefesh, "une maison de l'âme" (6m de large pour 7m de haut). Toutefois, parmi les tombes retrouvées, on note l'usage de l'opus reticulatum. La double allégeance émésienne et romaine est perceptible. Enfin, cette partie se termine par l'article de Michael Sommer qui nous conduit au royaume d'Osrhoène à l'époque de Trajan. Abgar d'Osrhoène, qui se trouvait dans l'influence parthe se ménagea aussi une sortie honorable dans la perspective de la victoire de Trajan dont il gagna la faveur. Une fois ce royaume intégré à l'empire de Rome, les élites d'Édesse, sa capitale, restées fidèles à l'économie redistributive du palais, souffrirent de l'éloignement par rapport au pouvoir central car ils n'étaient guère habitués à ce centre lointain et à ses réseaux aristocratiques.

Enfin, la quatrième partie "Variations et alternatives" offre à la réflexion deux articles, présentant deux cas particuliers: l'un sur Palmyre de Jean-Baptiste Yon et l'autre sur les problèmes des alliés nomades en Orient d'Uff Scharrer. Palmyre fonctionnait sans rois, en communauté organisée, avec une société dominée par de "grands notables" sans titres officiels. Palmyre fut un lieu de commerce et d'échanges, en particulier avec la Basse Mésopotamie au début de l'Empire. Quant au problème des peuples nomades, on constate que le caractère principal est celui de la parenté. Une migration arabe est observable aux IIe et IIIe siècle: celle des Sarraceni. Des opérations de police romaine sont attestées face au brigandage des Arabes et des Nabatéens, mais ni les Parthes ni les Romains ne tentèrent de les sédentariser. Toutefois, des troupes arabes sont attestées dans l'armée romaine. Ces "guerriers des frontières", puisque l'on ne peut pas parler dans ces cas d'états-tampons, maintinrent des liens avec Rome qui disparurent après le IIIe siècle.

Pour conclure, ce tour d'horizon aux marges et au-delà de l'Empire nous livre un panorama très riche et très varié, composé de situations originales où le fait d'entrer dans la clientèle de Rome n'était pas sans ambiguïté ni sans conséquence pour les structures politiques indigènes. La présence de ce états-tampons était vitale pour Rome, en particulier pour le maintien de la paix et de l'équilibre de ces zones frontières. Toutefois, les élites de ces états étaient souvent divisées, mais un certain nombre d'entre elles parvint à s'intégrer dans l'Empire romain comme ce fut le cas du royaume de Commagène. La confrontation avec l'Empire parthe joue un rôle important dans la recherche de ces alliances par Rome. Ce livre fournit donc des éclairages tout à fait intéressants sur cet aspect de la diplomatie romaine dans cette partie du monde. On notera pour terminer quelques considérations pratiques: ce livre présente un index.

Christine Hoët - Van Cauwenberghe