Rezension über:

Caroline Dunn: Stolen Women in Medieval England. Rape, Abduction, and Adultery, 1100 - 1500 (= Cambridge Studies in Medieval Life and Thought. Fourth Series), Cambridge: Cambridge University Press 2013, XII + 261 S., 1 s/w-Abb., 8 Tabellen, ISBN 978-1-107-01700-9, GBP 60,00
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Rezension von:
Jacqueline Hoareau-Dodinau
Faculté de droit et des Sciences économiques, Université de Limoges
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Jacqueline Hoareau-Dodinau: Rezension von: Caroline Dunn: Stolen Women in Medieval England. Rape, Abduction, and Adultery, 1100 - 1500, Cambridge: Cambridge University Press 2013, in: sehepunkte 13 (2013), Nr. 7/8 [15.07.2013], URL: http://www.sehepunkte.de
/2013/07/22805.html


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Caroline Dunn: Stolen Women in Medieval England

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Le propos de Caroline Dunn est d'étudier sans tabou tous les aspects de la "sexualité illicite" des femmes à l'époque médiévale. Il s'agit donc d'évoquer aussi bien les enlèvements, les viols ou les mariages forcés que l'adultère, le rapt de séduction ou l'abandon du domicile conjugal.

L'auteur s'interroge dans un premier temps sur les sources de la répression de cette sexualité illicite et l'utilisation que le droit anglais fait de l'incrimination de "raptus" du droit romain. Progressivement, le terme va servir à réprimer une multitude d'infractions depuis l'adultère jusqu'au viol avec violence.

Comme le note Caroline Dunn, la connaissance que nous avons des femmes de l'époque médiévale, concerne essentiellement les nobles ou les membres de la bourgeoisie, les femmes du peuple restent bien souvent dans l'ombre. Le croisement des sources littéraires, juridiques et judiciaires permet d'élargir le champ d'investigation et d'entrouvrir les portes de foyers plus modestes même s'il reste bien difficile d'accéder à l'intimité des ménages.

L'étude montre à l'évidence une différence de traitement entre les victimes selon qu'elles appartiennent au sexe masculin ou féminin. Les exigences en matière de comportement sexuel sont bien plus contraignantes lorsqu'il s'agit de femmes, puisque seul l'adultère féminin, intolérable parce qu'il risque d'atteindre à la pureté du sang, est poursuivi pénalement ; l'infidélité masculine, quant à elle, ne conduit qu'à une réprobation sociale.

La répression prévue, en particulier par les statuts de Westminster, la macule sociale quasi indélébile qu'entraîne l'agression ou les comportements sexuels déviants conduisent les victimes et leur famille à taire le crime ou à le dissimuler derrière de fausses accusations d'enlèvement. Les recherches menées sur le viol font apparaître, qu'en Angleterre, comme en France, à l'époque médiévale comme de nos jours, une proportion substantielle d'agressions sexuelles ne donne lieu à aucune poursuite pénale. Sans que l'on puisse le quantifier précisément, un nombre important de victimes hésitent à porter l'affaire devant la justice. Comme de l'autre côté du Channel, le viol donne fréquemment lieu à des processus vindicatoires, mais aussi à des transactions pénales pour lesquelles les considérations d'honneur le disputent aux préoccupations patrimoniales. La douleur de la victime, la recherche de la sanction publique du coupable ne sont que très partiellement prises en compte. Il importe de ne pas rendre publique l'infortune de ces femmes et augmenter ainsi la stigmatisation qui découle de l'infraction ; car un rapport sexuel illégitime, même forcé, détruit durablement l'honneur d'une femme et partant, l'honneur familial. La réputation d'une femme est un capital qui, une fois entamé ne se reconstitue pas ou très difficilement. Le groupe familial juge donc souvent préférable de trouver un arrangement financier qui évitera autant que possible la divulgation du "malheur" survenu et facilitera les négociations pour un mariage honorable. D'une manière générale, pour l'ensemble des infractions, qu'il s'agisse de viol, d'enlèvement ou d'adultère, la famille se considère comme victime, blessée et spoliée par le crime.

Le veuvage pas plus que le mariage ne protège pas la femme de ses prédateurs, bien au contraire. La liberté comme l'indépendance de la veuve sont bien souvent un leurre, ses tentatives d'émancipation sont en général vouées à l'échec. Sa liberté n'est bien souvent qu'une façade, elle est chef de famille certes, mais sans réelle possibilité d'exercer la fonction, elle n'a d'autre choix, si elle ne souhaite pas se consacrer à Dieu, que de s'en remettre au monde des hommes en se plaçant sous la protection des siens ou en acceptant un nouveau mariage négocié par sa famille.

Le renforcement de l'autorité parentale en Angleterre, comme en France, se nourrit d'une image très dégradée d'une femme dépourvue de discernement qui doit être protégée y compris contre elle-même ; cette protection passe par le développement d'une incrimination qui correspond au rapt de séduction mis en place par le droit français et par la lutte menée après le concile de Trente contre les mariages clandestins.

Et c'est bien l'un des intérêts de l'ouvrage de Caroline Dunn que de nous présenter, face à celles qui sont l'objet de toutes les convoitises, victimes des appétits sexuels des hommes ou instruments de vengeances privées ou d'enjeux politiques, des femmes qui se jouent de cet univers masculin avec quelque perversité. L'enlèvement "consenti" est un moyen commode pour s'affranchir des stratégies matrimoniales des parents qui, dans bien des cas sans doute, renonceront à une action publique préjudiciable à l'honneur familial pour finalement donner leur consentement à une union jugée inenvisageable dans un premier temps. Un faux rapt est aussi un moyen pratique de dissimuler un véritable adultère. L'épouse infidèle file le parfait amour avec un amant qu'elle présentera, si les choses tournent mal, comme un malfaiteur qui l'a enlevée et violentée contre sa volonté. Le deuxième statut de Westminster s'efforce de lutter contre cette pratique devenue récurrente en privant la femme adultère de son douaire, revanche posthume du mari trompé !

L'enlèvement prétendu est ainsi une manœuvre pour abandonner le domicile conjugal et mettre un terme à un mariage malheureux ; ces épouses brutalisées, insatisfaites, trouvent ici une échappatoire à l'interdiction du divorce et à la difficulté de faire valoir une cause de nullité : nombre d'entre elles, oubliées de leur famille contractent par la suite, dans l'anonymat, une seconde union bigame.

Ces faux enlèvements révèlent aussi l'ambigüité de la situation des clercs, considérés parfois comme un "third gender" parce qu'ils sont les seuls hommes dont la liberté sexuelle est contrainte ; ils fournissent un contingent important de ravisseurs prétendus. Signe de postures franchement anticléricales ou désapprobation de comportements contraires aux règles canoniques, ces accusations, fondées ou non, montrent que le célibat et le vœu de chasteté sont loin d'être effectifs dans l'Angleterre médiévale, comme dans l'ensemble du monde occidental.

Si l'ouvrage de Caroline Dunn vient rejoindre la bibliographie déjà abondante des études de genre, il nous révèle une réalité bien plus ambigüe que celle qui apparaît dans une première lecture des sources. L'analyse menée par Caroline Dunn permet de nuancer le portrait très stéréotypé d'une femme médiévale effacée, soumise aux père, frère, mari ou encore tuteur, cantonnée dans un rôle subalterne ; certes, ces derniers contrôlent la sexualité de la jeune fille, de la femme mariée ou de la veuve ; à bien des égards, ces femmes apparaissent comme un élément, une extension du patrimoine familial qu'il convient de défendre mais aussi de maîtriser, y compris par la violence. Elles ne disposent pas plus de leurs corps qu'elles ne disposent de leur liberté ou de leurs biens et, cependant, les textes nous révèlent aussi comment certaines d'entre elles, toutes origines confondues, ont réussi à déjouer les pièges qui leur sont tendus, à détourner la loi à leur profit et à desserrer le carcan qui les étouffent. On y voit des victimes mais aussi des manipulatrices, les relations entre hommes et femmes y sont décrites dans toute leur complexité et les hommes n'y ont parfois que l'apparence d'une figure d'autorité.

Jacqueline Hoareau-Dodinau