Rezension über:

Éric Leroy du Cardonnoy / Herta Luise Ott (éds.): Austriaca, n° 79. Perceptions du congrès de Vienne. Répercussions d'un événement européen (XIXe - XXIe siècle), Rouen: Presses universitaires de Rouen et du Havre 2014, 338 S., 9 s/w-Abb., ISBN 979-10-240-0492-1, EUR 16,00
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Rezension von:
Raphaël Cahen
Vrije Universiteit Brussel
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Schnettger
Empfohlene Zitierweise:
Raphaël Cahen: Rezension von: Éric Leroy du Cardonnoy / Herta Luise Ott (éds.): Austriaca, n° 79. Perceptions du congrès de Vienne. Répercussions d'un événement européen (XIXe - XXIe siècle), Rouen: Presses universitaires de Rouen et du Havre 2014, in: sehepunkte 17 (2017), Nr. 7/8 [15.07.2017], URL: http://www.sehepunkte.de
/2017/07/28618.html


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Éric Leroy du Cardonnoy / Herta Luise Ott (éds.): Austriaca, n° 79. Perceptions du congrès de Vienne

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L'ouvrage collectif Perceptions du congrès de Vienne: répercussions d'un événement européen (XIXe-XXIe siècle) publié dans la collection Austriaca, est l'un des derniers parus dans le cadre des commémorations du bicentenaire du Congrès de Vienne. [1]

Les participants au colloque d'Amiens, organisé en cette occasion en novembre 2015, ont rendu leurs articles en quelques semaines, ceci les démarque notablement des actes de conférences qui mettent souvent plusieurs années à paraître. Il est vrai que cependant plusieurs de ces articles avaient déjà été au moins partiellement publiés, comme ceux de Michel Kerautret, Quelques réflexions sur l'historiographie du congrès de Vienne (261-280) [2] et de Pascal Dupuy, Le congrès de Vienne au crible de la caricature britannique et française (163-180). [3]

L'objet de l'ouvrage ici recensé est en partie inédit puisqu'il ne porte pas sur le congrès en tant que tel mais bien plus sur ses répercussions et sur le lien entre les mémoires collectives du congrès et l'Europe d'aujourd'hui. Trois thématiques cadrent l'argumentation des auteurs lesquelles reprennent les trois sections de la conférence: "la périphérie"; "les échos discursifs et iconographiques"; "les répercussions théâtrales et cinématographiques". Pour autant, il n'est pas toujours évident de classer les divers articles dans chacune de ces trois catégories, comme par exemple pour celui de Marcel Van den Linden sur la traite des esclaves (29-42) (cet article rappelle que même si "un intérêt de l'humanité" (39) a été discuté pour la première fois dans une conférence internationale, la traite a en fait augmenté après le congrès pour ne diminuer qu'après 1830).

Dans la thématique de la périphérie, Wolfgang Maderthaner nous transporte dans "cette autre Vienne" (23) à travers l'étude des banlieues et faubourgs au temps du congrès de Vienne. Il évoque les diverses agitations sociales qui ont traversé les années 1808-1815 et les précautions prises par les autorités vis-à-vis de la fête populaire de la Sainte Birgitte. De même, Ute Weimann analyse la presse provinciale autrichienne de langue allemande et souligne le décalage temporel des informations (72-73) qui pouvait avoir comme conséquence des situations rocambolesques, à l'image d'un article en faveur de la paix avec Napoléon publié quelques semaines après Waterloo! Il note également l'absence totale de témoignages (78) sur le congrès dans les journaux (Carinthia, Laibacher Zeitung, Klagenfurt Zeitung) alors qu'abondent entre autre ceux sur les guerres de libération.

Les échos discursifs et iconographiques (moins développés dans cet ouvrage) se retrouvent dans l'analyse d'Alfred Posser sur la comparaison entre le mythe des guerres de libération et celui du congrès. Là encore, il montre que l'historiographie autrichienne est bien plus dense au sujet des guerres de libération, notamment avec de nombreuses publications sur les jubilés de 1909 et 1913 (144-151), que celui du Congrès de Vienne. De même, pour les beaux-arts, la littérature et la musique, ce sont plus les guerres de libération qui ont servi de thématiques aux artistes à l'aube de la première guerre mondiale que le souvenir du congrès de Vienne. Seul Raoul Auernheimer semble se démarquer dans cet oubli généralisé du congrès que l'on retrouve même dans l'œuvre d'un écrivain cosmopolite comme Stefan Zweig (161-162). La poésie en langue allemande à l'époque du congrès et du Vormärz répondrait au même accent national (85-87) et aurait également divulgué l'image du congrès dansant (97). De même du 50ème au 100ème anniversaire du congrès, c'est bien une image négative de l'événement qui s'est propagée. L'exposition organisée à Vienne en 1896 fut néanmoins un succès avec 100 000 visiteurs. Mais, elle reflétait les clichés de l'Alt-Wien et le patriotisme des guerres de libération (128-133). De même, le parc Alt-Wien 1814 construit sur le Prater en 1914 avec la reconstruction de la maison de Friedrich Gentz transformée en "bar du congrès" reposait toujours sur le même mythe, au fond assez éloigné de la culture politique du congrès. Cette "culture politique" se trouvait pourtant bien au centre des rapports sociaux pendant le congrès, comme l'a bien démontré Ludolf Pelizaeus dans son analyse des réseaux de presse et d'informations (43-60).

Les répercussions théâtrales et cinématographiques (auxquelles il convient d'ajouter la littérature) du congrès sont analysées à travers le prisme de la culture médiatique (184). Ainsi, les auteurs ont repris la plupart des films célèbres sur le congrès à l'image de Der Kongress tanzt (222-241), Der Kongress amüsiert sich (192-198), Die Schöne Lügnerin (192-198), Wiener Blut (131, 241) inspiré de l'opérette de Strauss, ou encore Le Diable boiteux (258). [4]

Ils rappellent que les principaux films sur le congrès ont été des coopérations internationales qui ont rencontré un certain succès dans plusieurs pays, au fond à l'image du cosmopolitisme du congrès lui-même. Les auteurs ont cependant omis un film avec l'acteur Hans Moser, Die Welt dreht sich verkehrt (1946) dont un tiers de l'action se passe à Vienne pendant le congrès. Ils n'ont pas non plus rendu compte des films documentaires tournés à l'occasion des commémorations du bicentenaire comme Diplomatische Liebschaften - die Mätressen des Wiener Kongresses de Monika Czernin [5], et l'affirmation selon laquelle "aucun film n'aurait été consacré au congrès depuis 1965" (198) n'est donc pas exacte. Par ailleurs, la perception du congrès dans le théâtre est méticuleusement étudiée par Marc Lacheny qui a parcouru l'intégralité des répertoires des cinq principaux théâtres de Vienne. L'auteur démontre également la présence d'une analyse critique et politique dans les pièces Die Bürger in Wien et Die Fremden in Wien (encore 25 représentations en 1831) ce qui remet en question l'idée d'une production théâtrale apolitique à l'époque du Vormärz. Au contraire, il souligne que "la dimension critique, parodique et subversive d'un théâtre comique" (217) se retrouve dans l'œuvre de Joseph Alois Gleich (1772-1841), de Carl Meisl (1775-1853) et d'Adolf Bäuerle (1786-1859).

Il est intéressant de noter que les analyses des divers auteurs s'appuient rarement sur des sources tirées des archives, mis à part l'article d'Ekaterina Dmitrieva sur la famille de l'empereur russe au congrès de Vienne (99-120) qui nous apprend beaucoup sur les corrélations familiales et politiques entre le duché de Saxe-Weimar, l'Empereur Alexandre et sa sœur Maria Pavlona. Pour autant, cet ouvrage contredit l'idée de "l'uniformité de la trame du récit" (262) sur le congrès et l'étude de ses perceptions et répercussions dans la culture médiatique à travers les âges et les lieux semble bien ouvrir de nouvelles perspectives de recherche sur cet événement majeur de l'histoire des relations internationales. En particulier, les pistes de recherches données par Eric Leroy du Cardonnoy, comme l'étude des maisons closes et des maisons de jeu ou encore des chansons et musiques populaires ou même des pamphlets, gravures et jeux de société (197) ne demandent qu'à être exploitées dans une perspective transnationale et interdisciplinaire.

Notes:

[1] Wolfgang Behringer a publié une recension collective de treize autres ouvrages parus dans ce cadre: http://www.hsozkult.de; Il convient de rajouter en plus l'ouvrage de Brian E. Vick: The Congress of Vienna. Power and Politics After Napoleon. Cambridge 2014.

[2] Michel Kerautret: "Quelques réflexions sur l'historiographie française du Congrès de Vienne", in: Napoleonica. La Revue (22, 1), 87-103. http://www.cairn.info

[3] Pascal Dupuy: Le Congrès de Vienne à travers la caricature politique anglaise, dans Le Congrès de Vienne ou l'invention d'une nouvelle Europe, Archives du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Paris 2015, 108-111.

[4] Der Kongress tanzt, Film allemand d'Erik Charell, 1931/version française: Le congrès s'amuse, Film franco-allemand d'Erik Charell et Jean Boyer, 1931/ Der Kongress tanzt, remake autrichien de Franz Antel, 1955; Der Kongress amüsiert sich, Film franco-allemand-autrichien de Géza von Radvanyi, 1965/version française: Le congrès s'amuse, Film franco-allemand-autrichien de Géza von Radvanyi, 1966; Die Schöne Lügnerin, Film franco-allemand d'Axel von Ambesser, 1959; Wiener Blut, Film allemand de Willi Forst d'après une opérette de Johann Strauss, 1942; Le Diable boiteux, Film français de Sacha Guitry, 1948.

[5] Die Welt dreht sich verkehrt, Film autrichien de Johannes Alexander Hübler-Kahla, 1946; Diplomatische Liebschaften - die Mätressen des Wiener Kongresses, Film autrichien de Monika Czernin, 2014.

Raphaël Cahen