Rezension über:

Thomas Fischl: Mitgefühl - Mitleid - Barmherzigkeit. Ansätze von Empathie im 12. Jahrhundert (= Geschichtswissenschaften; Bd. 42), München: Herbert Utz Verlag 2017, 274 S., ISBN 978-3-8316-4608-1, EUR 47,00
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Rezension von:
Bénédicte Sère
Université de Paris-Nanterre
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Bénédicte Sère: Rezension von: Thomas Fischl: Mitgefühl - Mitleid - Barmherzigkeit. Ansätze von Empathie im 12. Jahrhundert, München: Herbert Utz Verlag 2017, in: sehepunkte 17 (2017), Nr. 11 [15.11.2017], URL: http://www.sehepunkte.de
/2017/11/30349.html


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Thomas Fischl: Mitgefühl - Mitleid - Barmherzigkeit

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L'ouvrage, issu d'un travail doctoral à l'Université de Regensburg, sous la direction de Hans-Henning Kortüm, se concentre sur le XIIe siècle et aborde le thème complexe et délicat de l'empathie. Le titre et le sous-titre disent la difficulté de cerner le concept dans son unicité: Mitgefühl, Mitleid, Barmherzigkeit, Empathie. Quatre mots dans un seul intitulé pour tenter d'approcher cette capacité de se mettre à la place d'autrui.

Au croisement d'une histoire des sensibilités et d'une histoire du sentiment, l'ouvrage se structure en deux temps, même s'il annonce quatre parties, inégalement traitées en réalité. Le premier temps pose les jalons d'une définition et d'une thématique sur les plans sémantiques, épistémologiques et historiographiques. Le concept est resitué dans les courants disciplinaires actuels: la sémantique, les théories des sciences de l'esprit, la science historique, la narratologie. Puis, le thème est replacé dans l'histoire du sentiment et les recherches actuelles en histoire des émotions. Enfin, l'auteur travaille les vocables et retrace le décor du "long XIIe siècle" (1050-1250), celui de la "Renaissance du XIIe siècle", siècle de l'émergence de l'individu, de la rationalité, de l'émotion, mais aussi de l'essor de la domination pontificale, de la croissance urbaine, de l'envolée scolaire puis universitaire.

La deuxième partie traite ensuite de l'empathie par genres littéraires (Gattungstypologische Ansätze). Une véritable typologie est dressée, sorte de passage en revue de tous les genres disponibles au Moyen Âge pour y scruter et y traquer l'émotion en question: les traités philosophiques (Augustin, Pierre Lombard, Thomas d'Aquin); les traités théologiques (Guibert de Nogent, Innocent III); la littérature de cour essentiellement germanique (Hartmann von Aue, Heinrich von Veldeke, Wolfram von Eschenbach); le genre de la comédie (Vital de Blois, Guillaume de Blois); le genre épistolaire et les correspondances (Frédéric II, Abélard et Héloïse); les chroniques (Guillaume de Tyr, Otton de Freising, Rahewin, Burchard d'Ursberg, Otton Morena, l'anonyme de Milan); le genre hagiographique (Theodore von Echternach, César von Heisterbach).

De l'ensemble des synthèses épistémologiques et des analyses textuelles, ressort l'idée que l'empathie est une disposition naturelle influencée par un contexte culturel: c'est cette capacité à pénétrer autrui, de manière neutre et sans valeur morale. L'empathie n'est pas la pitié, ni la compassion, même si les vocables latins de compassio et misericordia peuvent parfois y renvoyer. L'empathie vise à la compréhension des comportements et des sentiments d'autrui. Or, parce qu'il s'extériorise par des comportements et des signes visibles (les larmes par exemple), le sentiment intérieur d'empathie devient, par sa phénoménalité même, communicationnel. L'auteur postule ainsi à la valeur sociale de l'empathie. L'empathie comme sentiment social.

Le thème est donc porteur et authentiquement digne d'intérêt. Pourquoi, sinon par contrainte pratique et réaliste dans le cadre d'une thèse de doctorat, pourquoi avoir centrer l'étude sur le XIIe siècle? Quelle pertinence pour ce siècle et quelle spécificité? C'est ce que l'auteur montre moins bien. Par ailleurs, la présentation sous forme typologique et par genre littéraire reste un peu scolaire et peu convaincante. Le lecteur a l'impression d'un compte-rendu de dépouillements, source après source, texte après texte, genre après genre, sans véritable esprit de synthèse, lequel aurait rassemblé dans un dynamisme peut-être plus problématisé l'ensemble de la réflexion autour de l'empathie. Car plus fondamentalement, de quoi s'agit-il? L'empathie, en tant qu'elle est une émotion de l'intersubjectivité, donc une modalité de la relation et notamment de la relation sociale, reste un lien social et crée du lien social. En ce sens, l'empathie tisse dans le quotidien des structures sociales et des tissus institutionnels les fondements de l'entraide, de la sociabilité et de la fidélité dans cette société du "second âge féodal "où les liens de personne à personne restent si décisifs. L'empathie vient alors s'articuler à d'autres valeurs dans des systèmes autres que le système émotionnel : à la charité pour la doctrine chrétienne; à la compassion dans les pratiques caritatives du temps; à la miséricorde dans le registre de la piété et de la dévotion; à l'intériorité dans les pratiques spirituelles; à la fidélité pour les contrats féodo-vassaliques; à l'obéissance intériorisée ou loyauté dans des structures plus politiques. Bref, l'empathie serait comme l'instance émotionnelle du lien social qui traverserait toutes les sphères de la société, peu importe leur dimension séculière ou spirituelle, quoi qu'il en soit au cœur d'une époque historique dont le tissu humain en est la matière.

Bénédicte Sère