Rezension über:

Samuel Gartland (ed.): Boiotia in the Fourth Century B.C., Philadelphia, PA: University of Pennsylvania Press 2016, VII + 240 S., 38 s/w-Abb., ISBN 978-0-8122-4880-7, GBP 56,00
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Rezension von:
Anne-Charlotte Oddon-Panissié
Université Paris Nanterre
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Anne-Charlotte Oddon-Panissié: Rezension von: Samuel Gartland (ed.): Boiotia in the Fourth Century B.C., Philadelphia, PA: University of Pennsylvania Press 2016, in: sehepunkte 18 (2018), Nr. 1 [15.01.2018], URL: http://www.sehepunkte.de
/2018/01/30480.html


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Samuel Gartland (ed.): Boiotia in the Fourth Century B.C.

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La Béotie, "a modest region with much to be modest about" (239)? [1] Voilà l'idée préconçue que Samuel Gartland cherche à battre en brèche avec la publication de cet ouvrage collectif, qui présente les actes d'un colloque organisé en mai 2013 à Oxford (Corpus Christi College). Ce sont ainsi neuf articles variés, émanant de chercheurs parmi lesquels on dénombre quelques béotologues (S. D. Gartland, N. Papazarkadas, A. Schachter et A. Snodgrass), qui offrent un panorama relativement complet de la Béotie au IVe siècle avant J.-C. [2] Une introduction et un épilogue, mais aussi des notes, références bibliographiques, indices ainsi qu'une carte due à Emily Mackil viennent compléter cet ensemble.

Le choix assumé par l'éditeur de ne s'intéresser qu'à ce siècle mouvementé, qui a commencé avec la destruction d'Orchomène en 395 avant J.-C. et s'est achevé après la refondation de Thèbes par Cassandre en 316 avant J.-C., s'explique par la volonté de rompre avec la vision simpliste prévalant encore souvent lorsque l'on étudie la Béotie de la fin de l'époque classique: celle d'une éphémère hégémonie (371-338), qui s'est introduite en tiers dans les rapports de forces entre Athènes et Sparte, avant de tomber sous le joug macédonien. Cherchant également à s'affranchir d'une histoire béotienne partielle, polarisée sur Thèbes et les exploits légendaires de Pélopidas et d'Epaminondas, les auteurs cherchent à montrer, grâce à une documentation très complète qui tient compte des découvertes épigraphiques et archéologiques récentes, en quoi le IVe siècle avant notre ère incarnerait le siècle béotien par excellence. C'est en effet à cette époque que la Béotie, soumise à des changements multiples (d'ordre politique, militaire, territorial, démographique, alimentaire etc.), qui laissent par ailleurs des empreintes visibles sur son paysage, affirme ses particularismes identitaires et revendique sa place au sein des "relations internationales". Délaissant volontairement la question du fédéralisme qui a fait récemment l'objet d'importantes publications [3], la réflexion générale semble s'articuler autour de trois axes principaux, dont les thèmes se recoupent nécessairement.

Le premier concerne, de façon assez attendue, le domaine politique. John Ma s'intéresse ainsi à la question de l'autonomie des cités béotiennes au cours du IVe siècle, en prise à des paradoxes que la Confédération post-Chéronée a réussi à résoudre selon lui. Peter John Rhodes, en s'appuyant sur les sources littéraires, remet en question le caractère démocratique souvent attribué à la deuxième Confédération béotienne (379-338 avant J.-C.), qu'il assimile pour sa part à un régime de type "oligarchia isonomos", similaire à celui de la Confédération d'époque classique décrit dans les Helléniques d'Oxyrhynque.

Prolongeant les questionnements récents sur l'ethnicité et l'ethnogenèse béotiennes [4], le deuxième axe qui semble se dégager concerne plus spécifiquement la question de l'identité des Béotiens au IVe siècle, qui hésitent entre repli communautaire et volonté de prendre part à la marche du monde. Albert Schachter s'attache ainsi à montrer la façon dont se réaffirme l'identité locale thébaine avec la série des "monnaies des magistrats thébains", pour laquelle il propose une nouvelle datation (de la fin du Ve jusqu'à la Troisième Guerre sacrée, ca. 356-346 avant J.-C.). Pour Thom Russell, l'épisode du voyage d'Epaminondas en mer Egée relaté par Diodore de Sicile (15.78.4-79.1) ne constitue ni une expérience manquée, ni la preuve de l'existence d'un synedrion béotien établi sur le modèle de la Seconde Confédération athénienne, mais serait plutôt un moyen pour la Béotie de s'affirmer face à Athènes et de peser dans le jeu des relations internationales. Grâce à un examen minutieux des inscriptions de Thespies, Oropos et Thèbes, Nikolaos Papazarkadas met en évidence les changements, notamment dans les années 370, dans les "epigraphic habits" béotiens, qui tendent alors à intégrer davantage d'éléments attiques. L'adoption de la koinè serait selon lui non pas une forme d'acculturation, mais un stratagème développé par Thèbes pour permettre à la Béotie de s'affirmer comme une puissance panhellénique et l'afficher aux yeux de tous.

Le troisième thème qui ressort de l'ouvrage, sans doute le plus novateur, porte enfin sur la fabrique du paysage béotien au IVe siècle. Cette notion très en vogue, déclinée sous diverses variations (cityscape, paysage religieux ...), souffre ici néanmoins d'un manque de conceptualisation. Si Anthony Snodgrass dresse un panorama archéologique complet de Thespies qui rend bien compte de l'évolution de son paysage urbain, Samuel Gartland s'intéresse pour sa part à la construction, dans le livre IX de la Périégèse de Pausanias, d'un paysage littéraire béotien qui fait la part belle aux sensations visuelles et auditives, avant d'examiner dans un autre article l'évolution générale du paysage béotien dans un contexte post-chéronéen de refondation de cités. Michael Scott analyse, enfin, la manipulation du paysage sacré monumental et épigraphique de Delphes par les Thébains, dont le Trésor situé au Sud-Ouest du sanctuaire apparaît fondamentalement comme un lieu d'affichage de leurs particularismes et un lieu de mémoire de leur identité changeante tout au long du IVe siècle.

Robin Osborne clôt enfin l'ouvrage en montrant en quoi les Béotiens ont été, selon lui, davantage acteurs de leur affirmation identitaire au cours du IVe siècle que sujets réagissant à une pression extérieure.

En prolongeant la réflexion par-delà les ruptures traditionnelles de 362 ou 338 avant J.-C., ce volume livre une intéressante et nécessaire réactualisation des travaux de John Buckler et Robert Buck sur la Béotie de la fin de l'époque classique, à l'aune des questionnements actuels (ethnicité, landscapes). [5] On s'interrogera néanmoins sur deux points. D'une part, la période retenue ne semble guère opératoire. Il aurait fallu délimiter plus clairement les bornes attribuées à ce "IVe siècle", dont l'unité semble davantage relever d'une illusion rétrospective imputable aux chercheurs que d'une réalité perçue et vécue par les Béotiens eux-mêmes. On regrette que seul Nikolaos Papazarkadas ait vraiment soulevé cette interrogation. D'autre part, la place fondamentale des cultes béotiens dans le processus de construction identitaire béotienne et de son maintien au cours de la période aurait pu mériter un traitement plus important.

Ce volume stimulant apporte néanmoins une contribution certaine au renouveau dont ne cessent de bénéficier les études béotiennes depuis les années 2000.


Notes:

[1] L'éditeur paraphrase ici Winston Churchill.

[2] Les articles ne correspondent cependant pas aux communications du colloque: cf. Teiresias 43-1, 2013, n° 431.0.01.

[3] Cf. Emily Mackil: Creating a Common Polity. Religion, Economy, and Politics in the Making of the Greek Koinon, Berkeley, 2013.

[4] Cf. Stephanie L. Larson: Tales of Epic Ancestry. Boiotian Collective Identity in the Late Archaic and Early Classical Periods, Stuttgart, 2007.

[5] John Buckler: The Theban Hegemony. 371-362 B.C., Cambridge, 1980 et Robert John Buck: Boiotia and the Boiotian League. 423-371 B.C., Alberta, 1994. Cet ouvrage peut aussi être vu comme un exemple développé de la réflexion amorcée par John Buckler: Aegean Greece in the Fourth Century B.C., Leiden, 2003.

Anne-Charlotte Oddon-Panissié