Rezension über:

Nora Goldschmidt / Barbara Graziosi (eds.): Tombs of the Ancient Poets. Between Literary Reception and Material Culture, Oxford: Oxford University Press 2018, XVI + 364 S., 15 s/w-Abb., ISBN 978-0-19-882647-7, GBP 80,00
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Rezension von:
Flore Kimmel-Clauzet
Université Paul-Valéry Montpellier 3
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Flore Kimmel-Clauzet: Rezension von: Nora Goldschmidt / Barbara Graziosi (eds.): Tombs of the Ancient Poets. Between Literary Reception and Material Culture, Oxford: Oxford University Press 2018, in: sehepunkte 20 (2020), Nr. 9 [15.09.2020], URL: http://www.sehepunkte.de
/2020/09/32746.html


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Nora Goldschmidt / Barbara Graziosi (eds.): Tombs of the Ancient Poets

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L'ouvrage comprend quinze contributions, regroupées en quatre parties ("Material texts, textual materials", "The poet as character", "Collecting tombs", "The Tomb of Virgil"), précédées d'une brève introduction générale.

Près des deux tiers des chapitres portent spécifiquement sur la tombe - supposée réelle ou imaginaire, anticipée par le poète ou recréée par autrui des siècles après sa mort - d'un poète célèbre: Simonide (R. Rawles), Eschyle (E. Bakola), Orphée (B. Graziosi) pour le domaine grec; Ovide (N. Goldschmidt) et surtout Virgile, auquel quatre articles sont consacrés, pour le domaine latin (A. Laird; I. Peirano Garrison; H. Hendrix; S. Smiles). Quatre contributions s'intéressent plus précisément aux épigrammes funéraires de poètes conservées au sein du livre VII de l'Anthologie Palatine, que ce soit pour rapprocher les supports matériels de la tombe et du livre (V. Platt), pour interroger la constitution d'un cimetière littéraire de poètes (R. Höschele), ou pour souligner la récurrence de certains thèmes symbolisant la survie littéraire du poète (S. Montiglio; P. Bing). C'est aussi à la constitution d'un cimetière virtuel rassemblant poètes mythiques et historiques dans la Description de la Grèce de Pausanias, cette fois, que s'intéresse J. Hanink. Mais l'ouvrage accorde également une place à un apprenti poète décédé à onze ans, Quintus Sulpicius Maximus, dont l'œuvre hexamétrique en langue grecque n'est connue que par sa tombe (V. Garulli), voire à des êtres qui ne sont pas des poètes, mais des personnages fictifs chantés par les poètes (P. Bing). Dans ce cas, comme dans celui du portrait d'Ennius sur la tombe des Scipions (F. Martelli), la contribution s'intéresse à l'image donnée du poète dans l'épitaphe et / ou dans le monument, existant ou fictif, de personnages auquel il est lié, par sa biographie réelle ou imaginaire, reconstruite à partir de son œuvre.

Le corpus exploité est bien plus large que les vestiges matériels ou témoignages concernant des tombes de poètes à proprement parler. Le fil rouge du livre est en réalité, plutôt que les "tombes des poètes", comme le laissait entendre le titre, "the study of literary reception by focusing on the materiality of the body and the tomb" (16), et ce, que les corps et tombes évoqués soient ceux des poètes ou non (voir aussi 16-17: "it focuses on literature, yet insists that readers' horizons include material objects"). L'ouvrage s'appuie sur les nombreux et importants travaux historiques et archéologiques effectués durant ces dernières décennies sur les tombes et la commémoration des poètes. L'approche est résolument littéraire et s'inscrit en permanence dans un dialogue, souvent fertile, entre Antiquité et Modernité. La réflexion opère en effet sur le temps long, de l'Antiquité à nos jours, pour éclairer les points de convergence dans les modes de constitution d'une œuvre et d'une personnalité auctoriale à travers les siècles, en lien avec la matérialité de l'homme et de son œuvre.

L'ouvrage reprend, parfois avec une grande finesse, certains grands thèmes déjà bien connus, s'inscrivant notamment dans la lignée des travaux de P. Nora ou J. et A. Assman, souvent convoqués par les auteurs, telle l'importance des tombes, support d'une "présence-absence", comme lieu de mémoire privilégié du poète défunt, mais aussi point de départ d'une relation affective nouvelle à ses œuvres; la multiplicité des tombes - monuments réels ou littéraires - dont peuvent être dotés les poètes, preuve de la portée symbolique de ce support pour la commémoration; l'équivalence posée entre tombe et œuvre littéraire transmise sur papyrus; les liens complexes et inextricables entre transmission d'une mémoire fondée sur un support matériel et sur une transmission orale; l'interrelation entre le monument et le paysage dans lequel il s'insère; ou encore le lien paradoxal entre l'immortalité prêtée aux œuvres et le caractère périssable des supports qui en maintiennent la mémoire. L'un des aspects particulièrement développés, conformément à l'idée énoncée en introduction selon laquelle "The ancient poet lives on in what others make of him" (5), est celui de l'utilisation des supports matériels de mémoire des poètes par différentes communautés ou individus (patrons, parents, émules, fervents admirateurs, parfois des siècles plus tard, ou encore simples touristes) à des fins variées. On soulignera enfin l'une des constantes de l'ouvrage: le va-et-vient entre l'étude des traditions entourant les tombes, mais aussi les conditions de mort et les restes des poètes, et celle de l'attention que les poètes eux-mêmes accordent à ces thématiques dans leur œuvre. Ce sont parfois les genres poétiques pratiqués eux-mêmes qui s'avèrent entretenir des relations complexes avec les pratiques funéraires, les cultes chtoniens et héroïques. Au-delà donc du caractère assez hétéroclite, de prime abord, des chapitres, dont les sujets, méthodes et longueurs sont très variables, une véritable réflexion d'ensemble se crée, reposant notamment sur le faisceau des références internes que les auteurs ont pris soin d'insérer dans les articles. Ainsi, des poètes qui ne sont pas l'objet d'une contribution spécifique sont traités, selon des optiques complémentaires, dans plusieurs chapitres, tels Euripide, Sophocle ou encore Erinna. La 4e partie, dotée d'une forte unité thématique (Virgile), reprend nombre de points abordés dans les autres parties (e.g. la constitution d'un 'coin des poètes' associant à la tombe de Virgile celles de Sannazaro et de Leopardi). Cela incitera sans aucun doute le lecteur, qui aurait pu être attiré par tel ou tel sujet, à explorer plus avant l'ensemble de l'ouvrage.

Toutes les contributions ne correspondent pas également aux attentes d'un lectorat scientifique, en particulier du point de vue historique. Certaines approximations sont problématiques, e.g. l'idée que l'adjectif λαλητέος, dans une épigramme anonyme, d'époque romaine ou byzantine, puisse faire allusion au processus de transcription des œuvres d'Euripide à l'initiative de Lycurgue vers 330 av. J.-C. (35). On trouve aussi des partis-pris contestables, tel celui de considérer les Grenouilles d'Aristophane comme une œuvre parfaitement référentielle, témoignant d'un culte religieux accordé à Eschyle directement après sa mort en Sicile, ou celui d'identifier toute forme d'hommage funéraire aux poètes à des cultes héroïques, alors même que la notion de culte héroϊque est hautement problématique.

Deux articles se démarquent par leur intérêt philologique: V. Garulli, qui offre sa propre édition de l'inscription de Maximus, et R. Höschele, qui propose des reconstructions très convaincantes de l'organisation des "Poets' Corners" dans les Couronnes de Méléagre et de Philippe.

Ce livre, par la diversité des champs qu'il balaie est en lui-même une forme de cimetière littéraire que l'on visite avec plaisir et émotion, en passant de "la tombe du poète inconnu" (découverte à Daphné, datée de 430-425 av. J.-C., Musée du Pirée) à celle d'un enfant virtuose (Maximus), en découvrant de nombreuses anecdotes savoureuses (comme la discussion des prêtres avec Ovide d'outre-tombe, ou son faux poème posthume, Vetula), en regardant la représentation de la tombe de Virgile visitée par Silius Italicus au clair de lune, peinte par J. Wright of Derby, ou la photographie de celle de Charlotte Temple visitée par P. Bing himself. Il est regrettable en revanche que les illustrations soient en petit format et en noir et blanc, ce qui nuit à la lisibilité d'une partie d'entre elles.

Flore Kimmel-Clauzet