Rezension über:

Sebastian Prignitz: Bauurkunden und Bauprogramm von Epidauros II (350-300). Abaton, Kleisia, Aphroditetempel, Artemistempel, Theater, Epidoteion, ἐπὶ Κυνoς σкανάματα (= Vestigia. Beiträge zur Alten Geschichte; Bd. 75), München: C.H.Beck 2022, VIII + 528 S., 164 s/w-Abb., ISBN 978-3-406-79216-8, EUR 128,00
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Rezension von:
Michel Sève
Lyon
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Michel Sève: Rezension von: Sebastian Prignitz: Bauurkunden und Bauprogramm von Epidauros II (350-300). Abaton, Kleisia, Aphroditetempel, Artemistempel, Theater, Epidoteion, ἐπὶ Κυνoς σкανάματα, München: C.H.Beck 2022, in: sehepunkte 23 (2023), Nr. 6 [15.06.2023], URL: https://www.sehepunkte.de
/2023/06/37518.html


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Sebastian Prignitz: Bauurkunden und Bauprogramm von Epidauros II (350-300)

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Le sanctuaire d'Épidaure a connu un vaste programme de construction qui a occupé toute la durée du IVe siècle av. J-C. Il est connu depuis la fin du XIXe siècle, par les recherches archéologiques comme par les inscriptions. Les recherches archéologiques sont toujours actives, mais les plus récentes sont encore inédites. L'étude des comptes demandait une profonde mise à jour. C'est le travail que vient d'achever S. Prignitz dans un volume richement illustré, après un premier volume portant sur les comptes de la première moitié du siècle. [1]

Les textes sont gravés sur 31 stèles entières très érodées, toutes relues avec des gains importants, décrites avec fac simile et photographies au chapitre II (8-49). Les comptes figurent sur les deux faces principales d'une même stèle, parfois sur les faces latérales (κρόταφος). Ils ont été gravés au fur et à mesure là où il y avait de la place : une même stèle peut porter plusieurs comptes différents, un même compte peut figurer sur plusieurs stèles. [2] Cela explique le choix d'édition qui s'écarte des usages habituels en épigraphie : les textes sont édités d'après leur contenu, non d'après leur support. Les lemmes sont donc répartis en deux endroits, les indications matérielles avec la description des stèles, celles plus proprement épigraphiques en tête de l'édition de chacun des textes, que précède aussi une courte analyse et qu'accompagne toujours une traduction en allemand, d'autant plus utile que la plupart de ces textes n'avaient jamais été traduits. Pour plusieurs ensembles, une présentation plus commode de ces données est fournie sous forme de tableaux dans l'ordre comptable, puis selon le déroulement des travaux.

Ces comptes sont classés en quatre groupes chronologiques, respectivement avant (groupes I et II) et après (groupes III et IV) la période de domination argienne sur Épidaure, qui aurait été très courte, de 338 aux environs de 336 av. J.-C. (texte 13 et conclusion 108-110). Ceux des groupes II et III sont organisés en fonction des bâtiments en cause, alors que ceux du groupe IV, à partir d'environ 310 av. J-C., sont globaux par année et plus difficiles à dominer (utiles tableaux des paiements, 354-368, puis en fonction des travaux, 369-384). Le processus administratif est le suivant : sous le contrôle d'une commission chargée du suivi financier des travaux (θυμελοποιοί par exemple dans le groupe II, ἐπιστάται dans le groupe III), les responsables chargés de l'attribution et du suivi des contrats (ἐγδοτῆρες) reçoivent les fonds du prêtre d'Asclépios (groupe II) ou des hiéromnémons (groupe III) sous le contrôle d'une commission chargée du suivi financier des travaux; ce sont eux qui sont en rapport avec les soumissionnaires (ἐργώνας), responsables de la bonne exécution des travaux. Pour les comptes du groupe IV, l'échelon de la commission particulière à chaque bâtiment n'existe plus.

Le commentaire est très approfondi et s'appuie toujours sur les réalités archéologiques: les gains de lecture dans l'édition des textes permettent des progrès substantiels dans la compréhension matérielle du sanctuaire et sont l'occasion de la présentation de données archéologiques nouvelles. Quelques exemples :

Le bâtiment connu comme gymnase ou Hestatorion est appelé Kleisia dans les comptes. Il a été construit en plusieurs temps (première phase, 83-108, début dans les années 340, achèvement du gros œuvre sous la domination argienne après 338; deuxième phase, 204-221, entre 320 et 315). D'après une étude encore inédite de V. Kyriaki (2012) il y avait entre 317 et 339 lits de banquet, et les comptes assurent l'existence de fenêtres et d'un étage. Il comportait des bains et des pièces autres que les salles de banquet à sept lits, mais son emplacement assure qu'il avait principalement un rôle cultuel. Il ne faut pas le confondre avec le bâtiment appelé dans les comptes ἐπὶ Κυνὸς σκανάματα (384-390, plan fig. 150), bâtiment à deux étages pour lequel sont mentionnées 85 salles à sept lits. On l'a cherché sur les pentes du mont Kynortion où se trouvent le temple L et le sanctuaire d'Apollon Maleatas, mais le seul bâtiment correspondant aux données des comptes est le katagogeion, avec environ 160 pièces. Il servait au logement, mais une étude archéologique complète fait défaut. Il faut donc renoncer à l'identification entre Κύων et Κυνόρτιον admise depuis le début des fouilles.

Le temple L est bien étudié depuis longtemps, mais restait sans identification. C'est en fait le temple d'Aphrodite pour lequel on dispose du compte no 14 de 286 lignes dont 94 sont illisibles (111-157). L'identification, nouvelle, dépend d'éléments intrinsèques et d'une mise en rapport détaillée avec les données archéologiques. La construction a duré 6 ans et 7 mois, et date de la période 335-329. C'est la première après la domination argienne, ce que montre entre autres le renouvellement complet des artisans auxquels on a eu recours.

Mentionnons quelques autres acquis. Le théâtre a été construit en une seule fois, fin IVe -début IIIe siècle (163-172). L'extension Ouest de l'abaton, pour lequel est publié un inédit (texte 22), date des années 325-320 (173-204, en particulier le tableau du déroulement de la construction et son bilan financier). Pour l'Epidoteion (221-243), des années 318-313, il n'y a aucune certitude d'identification. Le dossier du sanctuaire d'Apollon Maleatas (243-279) est complété par trois textes inédits (nos 26, 27, 29) : le temple et l'autel ont été construits vers 380, le mur de soutènement avant 315, le portique vers 315-310.

À la fin du volume (395-528), études d'ensemble sur les aspects administratifs, juridiques, économiques de l'activité constructive au sanctuaire. Attirons l'attention sur l'exposé succinct du programme de construction (415-417), et sur le plan fig. 164 (418-419) où figurent, à côté de chaque monument, les numéros des comptes qui s'y rapportent. Riche index du vocabulaire technique, prosopographie des personnes mentionnées, table chronologique des autorités (prêtres, secrétaires des hiéromnémons, présidents de la boula).

Ce volume très riche se recommande par la précision de l'édition, l'ampleur du commentaire, la mise en rapport constante des données épigraphiques avec les réalités archéologiques. C'est d'abord un livre d'épigraphie. C'est aussi, à sa manière, un livre d'archéologie. Il sera indispensable pour longtemps à tous ceux qui s'intéressent au sanctuaire d'Épidaure. Son index du vocabulaire technique, qui précise et complète les dictionnaires spécialisés, en fait un livre de portée plus générale qui s'adresse à tous ceux qu'intéresse l'architecture antique, à Épidaure et ailleurs.

Annotations :

[1] Sebastian Prignitz: Bauurkunden und Bauprogramm von Epidauros (400-350). Asklepiostempel - Tholos - Kultbild - Brunnenhaus, München, 2014 (Vestigia, 67). Les comptes 1-4 sont gravés sur les stèles 1-4; la numérotation est continue d'un volume à l'autre.

[2] L'exemple le plus complexe est le très long compte 37 (608 lignes), gravé sur les deux faces principales et la face latérale gauche (marquée A) de la stèle 27, qui se poursuit sur la face latérale droite (marquée B) de la stèle 2, continué par le compte 38 sur la face latérale droite de la stèle 27, qui se termine ainsi : δέδωκα τὰ λοιπὰ ἐν τῶι κροτάφωι, ἐν ὧι τὸ γάμμα γέγραπται ; le texte marqué gamma n'a pas été retrouvé.

Michel Sève